En approche d’Hela, 2615
Quaiche était encore assez près de Morwenna pour établir avec elle une communication en temps réel.
— Tu ne vas pas aimer ce que je vais faire, dit-il. Mais c’est dans notre intérêt à tous les deux.
Sa réponse lui parvint après un crépitement d’électricité statique :
— Tu m’avais promis de ne pas rester longtemps parti.
— Et j’ai bien l’intention de tenir parole. Je ne serai pas absent une minute de plus que nécessaire. À vrai dire, je voulais te mettre à contribution.
— Comment ça ? demanda-t-elle.
— Je crains qu’il n’y ait autre chose, sur Hela, en dehors du pont. J’ai capté un écho métallique, et il n’a pas disparu. Il se peut que ce ne soit rien – ce n’est probablement rien. Mais je ne peux courir le risque que ce soit un traquenard. Je suis déjà tombé sur ce genre de truc, et je suis inquiet.
— Alors fais demi-tour, répondit Morwenna.
— Je regrette, mais c’est impossible. Il faut vraiment que j’aille inspecter ce pont. Si je ne reviens pas avec une sacrée trouvaille, Jasmina va me manger tout cru au petit déjeuner.
Il laissa Morwenna imaginer les implications pour elle, emprisonnée comme elle l’était dans la poupée d’acier, son seul espoir de s’en sortir reposant sur Grelier…
— Mais tu ne peux pas te jeter tête baissée dans un guet-apens ! reprit Morwenna.
— Je m’en fais davantage pour toi, franchement. Le Nécrophage s’occupera de moi, mais si je déclenche quelque chose, il se pourrait qu’il commence à défourailler sur tout ce qui bouge, jusque et y compris le Dominatrix.
— Alors, qu’est-ce que tu vas faire ?
— Je pensais t’envoyer hors du système Haldora/Hela, mais ce serait une perte de temps et de carburant. J’ai un meilleur plan : nous allons utiliser les moyens à notre portée. Haldora fait un gros bouclier bien gras. Je vais la mettre entre toi et ce qu’il y a sur Hela, quoi que ça puisse être.
Morwenna réfléchit brièvement et reprit, d’un ton pressant :
— Mais ça veut dire que…
— Oui, le contact entre nous sera coupé, et nous ne pourrons plus nous parler. Mais ça ne durera que quelques heures, six tout au plus. Je vais programmer le Dominatrix de telle sorte qu’il attende derrière Haldora pendant six heures, ajouta-t-il précipitamment avant qu’elle ait le temps d’émettre une nouvelle protestation. Et puis il reprendra sa position actuelle par rapport à Hela. Ce n’est pas si terrible, hein ? Profites-en pour dormir un peu, et tu te rendras à peine compte de mon absence.
— Ne fais pas ça, Horris. Je ne veux pas me retrouver dans l’impossibilité de te parler.
— Six heures, ce n’est rien.
Quand elle répondit, elle n’avait pas l’air apaisée, mais il comprit au ton de sa voix qu’elle avait au moins accepté l’inutilité de la discussion.
— Mais s’il arrive quoi que ce soit pendant ce temps, si tu as besoin de moi ou si j’ai besoin de toi, nous ne pourrons pas nous parler…
— Six heures, c’est tout, répéta-t-il. À peine plus de trois cents petites minutes. Ce n’est vraiment pas le bout du monde.
— Tu ne pourrais pas positionner des relais de telle sorte que nous restions en contact ?
— Eh bien, je pourrais semer des réflecteurs passifs autour d’Haldora, mais c’est exactement le genre de chose qui risquerait d’attirer un missile guidé vers toi. Et puis ça prendrait des heures. Le temps de faire ça, je serai sous le pont.
— J’ai peur, Horris. Ne fais pas ça, je t’en prie.
— Il le faut, répondit-il. Je dois vraiment le faire.
— Je t’en supplie !
— Je crains que la manœuvre ne soit déjà amorcée, répondit gentiment Quaiche. J’ai envoyé les instructions nécessaires au Dominatrix. Il a commencé à se déplacer, mon adorée. Il sera dans l’ombre d’Haldora d’ici une trentaine de minutes.
Il y eut un silence. Il commençait à se dire que la liaison était déjà coupée, ou qu’il s’était trompé dans ses calculs, lorsqu’elle lança :
— Si ta décision est déjà prise, pourquoi te donnes-tu la peine de me demander mon avis ?